
A y réfléchir, la victoire du Tonga contre la France n'a rien de renversant. C'est un résultat logique, entre deux équipes proches l'une de l'autre (ce matin, la France pointait au 8e rang du classement IRB, talonnée de près par le Tonga, désormais 9e). Certes, on n’était pas nombreux à envisager une défaite des Bleus contre le Tonga, mais on était au moins deux, à savoir Fred et moi.
Ce match avait tout du match piège : une équipe de France, le moral en berne après dix-huit mois catastrophiques, allait affronter une équipe du Tonga, euphorique en raison du soutien extraordinaire dont elle bénéficie en Nouvelle-Zélande.
Objectivement, reprenons les forces en présence :
D'un côté, nous avions une équipe de France qui n'a jamais été aussi mauvaise depuis que je m'intéresse à ce sport. Les résultats sous Lièvremont, notamment depuis juin 2010, sont, et de loin, les pires de l'ère professionnelle. Défaite en Afrique du Sud 42 à 17 le 12 juin 2010, défaite en Argentine 41 à 13 le 26 juin 2010, défaite à Paris contre l'Australie 59 à 16, défaite en Italie 22 à 21 le 12 mars 2011... La liste est douloureuse.
C'est peut-être Alzheimer avant l'heure, mais impossible de me souvenir de la dernière fois où le XV de France m'a fait vibrer.
Tandis que les grandes équipes se bâtissent sur la durée (cf l'Angleterre championne du monde en 2003), Marc Lièvremont a décidé de démanteler le XV de France qui a fait le Grand Chelem en 2010 - la dernière équipe qui avait un soupçon de cohérence. Exit les Jauzion, les Bastareaud, les Poitrenaud, les Chabal et autre Michalak !
Lièvremont, qui doit composer sa ligne de trois quarts comme on joue à la loterie, a mis ces derniers temps un ailier au centre (Rougerie), un arrière à l'aile (Médard) et un demi de mêlée à l'ouverture (Parra). Et pour cirer le banc, il a opté pour un demi d'ouverture "Grand Chelemard" (Trinh-Duc).
Cette équipe, version 2011, n'a pas d'âme, pas de jeu, pas de leader, pas de confiance. Ce n'est pas en allant disputer la Coupe du Monde au Pays du Long Nuage Blanc qu'elle allait sortir du brouillard !
De l'autre côté, le Tonga ne pouvait que monter en puissance au cours du Mondial : c’est un pays qui ne joue que 3 ou 4 rencontres internationales par an, contre une dizaine pour l’Equipe de France. Et encore, lorsqu’il dispute des Test matchs, le Tonga est souvent privé de ses meilleurs joueurs, retenus par leurs clubs fortunés en Europe. La Coupe du Monde représente ainsi le seul moment où les joueurs du Tonga peuvent s’approprier un système de jeu, se forger un état d’esprit, se fixer des repères, bref, former une véritable équipe.
D’autre part, en dehors de la Coupe du Monde, le Tonga ne rencontre quasiment jamais de grosses pointures (ces 4 dernières années, le Tonga n’a disputé aucun match face à l’une des 8 meilleures équipes au monde). En enchaînant les matchs de haut niveau lors de la Coupe du monde (dans l’ordre cette année : Nouvelle-Zélande, Canada, Japon et France), le Tonga ne pouvait qu’emmagasiner de l’expérience, engranger de la confiance et par conséquent s’améliorer.
Sur le papier, c’est une très belle équipe : la plupart des joueurs majeurs du Tonga ont fait leurs preuves à un niveau professionnel, que ce soit dans l’hémisphère Sud (championnat des provinces en Nouvelle-Zélande pour de nombreux joueurs voire Super 15 pour les meilleurs d’entre eux) ou en Europe (Top 14 ou Premiership). Ainsi, le n°9 Taniela Moa a passé 5 ans chez les Auckland Blues ; le centre Siale Piutau est l’une des stars du Super 15 avec les Highlanders ; le capitaine Finau Maka a laissé une trace indélébile en France avec Toulouse, tandis que le pilier Soane Tonga’Uiha est considéré comme l’un des meilleurs piliers du championnat anglais. Au total, ce ne sont pas moins de 23 joueurs (sur 30) évoluant ou ayant évolué à un niveau professionnel, que ce soit dans le Top 14, en Pro D2, dans la Premiership anglaise, ou bien dans le NPC, le championnat des provinces néo-zélandaises.
Enfin, le calendrier avait tout l’air d’un traquenard pour nos XV naïfs petits coqs : une semaine seulement après avoir eu le corps et le moral probablement meurtris par le passage impitoyable de la Machine All Blacks, les Bleus devaient se coltiner les terrifiants guerriers des Iles Tonga. Des Tonguiens qui joueraient contre le XV de France pour une place en quarts de finale, motivés comme jamais par l’enjeu et par le soutien du public (si le Tonga compte 120 000 habitants, il faut savoir qu’en Nouvelle-Zélande, plus de 50 000 personnes sont originaires du Tonga ! En fait, le Westpac stadium de Wellington comptait samedi dernier plus de supporters du Tonga qu’on ne recense d’habitants à Nuku’Alofa, la capitale du Tonga !).
Bref, tout ça pour dire que la victoire du Tonga contre l’équipe de France me semblait être écrite d’avance. C’est ce que j’avais dit à Emilie Dudon, la journaliste de Midi Olympique qui m’avait interrogé le mardi 6 septembre, lors de l’entrainement portes ouvertes de l’Equipe de France (des portes ouvertes que personne n’a pensé à refermer, vu le nombre d’essais qu’on a encaissés jusque là…). Elle semblait surprise – elle a dû penser que soit j’étais fou, soit que je n’y connaissais rien au rugby… Elle m'a accusé d'être pessimiste ; je me suis simplement trouvé réaliste. Retrouvez ici son article, paru à 3 jours du premier match des Bleus face au Japon : http://coupe-du-monde.tf1.fr/rugby/actu-coupe-du-monde/bleus-premier-bain-de-foule-6674790.html
Bon, alors, super, on est qualifié. Et maintenant, on fait quoi ? Ce n'est pas parce qu'on a un ailier qui se décarcasse pour ramasser des points de bonus (Vincent Clerc à la dernière seconde contre le Canada puis contre le Tonga) qu'on y voit beaucoup plus clair ! On va encore dire que je suis pessimiste, mais j'ai bien peur que nos amis anglais, Wilkinson, Tuilagi, Ashton et compagnie, éteignent définitivement la lumière sur ce XV de France si moribond. Le cauchemar ne fait peut-être que commencer...
Ce match avait tout du match piège : une équipe de France, le moral en berne après dix-huit mois catastrophiques, allait affronter une équipe du Tonga, euphorique en raison du soutien extraordinaire dont elle bénéficie en Nouvelle-Zélande.
Objectivement, reprenons les forces en présence :
D'un côté, nous avions une équipe de France qui n'a jamais été aussi mauvaise depuis que je m'intéresse à ce sport. Les résultats sous Lièvremont, notamment depuis juin 2010, sont, et de loin, les pires de l'ère professionnelle. Défaite en Afrique du Sud 42 à 17 le 12 juin 2010, défaite en Argentine 41 à 13 le 26 juin 2010, défaite à Paris contre l'Australie 59 à 16, défaite en Italie 22 à 21 le 12 mars 2011... La liste est douloureuse.
C'est peut-être Alzheimer avant l'heure, mais impossible de me souvenir de la dernière fois où le XV de France m'a fait vibrer.
Tandis que les grandes équipes se bâtissent sur la durée (cf l'Angleterre championne du monde en 2003), Marc Lièvremont a décidé de démanteler le XV de France qui a fait le Grand Chelem en 2010 - la dernière équipe qui avait un soupçon de cohérence. Exit les Jauzion, les Bastareaud, les Poitrenaud, les Chabal et autre Michalak !
Lièvremont, qui doit composer sa ligne de trois quarts comme on joue à la loterie, a mis ces derniers temps un ailier au centre (Rougerie), un arrière à l'aile (Médard) et un demi de mêlée à l'ouverture (Parra). Et pour cirer le banc, il a opté pour un demi d'ouverture "Grand Chelemard" (Trinh-Duc).
Cette équipe, version 2011, n'a pas d'âme, pas de jeu, pas de leader, pas de confiance. Ce n'est pas en allant disputer la Coupe du Monde au Pays du Long Nuage Blanc qu'elle allait sortir du brouillard !
De l'autre côté, le Tonga ne pouvait que monter en puissance au cours du Mondial : c’est un pays qui ne joue que 3 ou 4 rencontres internationales par an, contre une dizaine pour l’Equipe de France. Et encore, lorsqu’il dispute des Test matchs, le Tonga est souvent privé de ses meilleurs joueurs, retenus par leurs clubs fortunés en Europe. La Coupe du Monde représente ainsi le seul moment où les joueurs du Tonga peuvent s’approprier un système de jeu, se forger un état d’esprit, se fixer des repères, bref, former une véritable équipe.
D’autre part, en dehors de la Coupe du Monde, le Tonga ne rencontre quasiment jamais de grosses pointures (ces 4 dernières années, le Tonga n’a disputé aucun match face à l’une des 8 meilleures équipes au monde). En enchaînant les matchs de haut niveau lors de la Coupe du monde (dans l’ordre cette année : Nouvelle-Zélande, Canada, Japon et France), le Tonga ne pouvait qu’emmagasiner de l’expérience, engranger de la confiance et par conséquent s’améliorer.
Sur le papier, c’est une très belle équipe : la plupart des joueurs majeurs du Tonga ont fait leurs preuves à un niveau professionnel, que ce soit dans l’hémisphère Sud (championnat des provinces en Nouvelle-Zélande pour de nombreux joueurs voire Super 15 pour les meilleurs d’entre eux) ou en Europe (Top 14 ou Premiership). Ainsi, le n°9 Taniela Moa a passé 5 ans chez les Auckland Blues ; le centre Siale Piutau est l’une des stars du Super 15 avec les Highlanders ; le capitaine Finau Maka a laissé une trace indélébile en France avec Toulouse, tandis que le pilier Soane Tonga’Uiha est considéré comme l’un des meilleurs piliers du championnat anglais. Au total, ce ne sont pas moins de 23 joueurs (sur 30) évoluant ou ayant évolué à un niveau professionnel, que ce soit dans le Top 14, en Pro D2, dans la Premiership anglaise, ou bien dans le NPC, le championnat des provinces néo-zélandaises.
Enfin, le calendrier avait tout l’air d’un traquenard pour nos XV naïfs petits coqs : une semaine seulement après avoir eu le corps et le moral probablement meurtris par le passage impitoyable de la Machine All Blacks, les Bleus devaient se coltiner les terrifiants guerriers des Iles Tonga. Des Tonguiens qui joueraient contre le XV de France pour une place en quarts de finale, motivés comme jamais par l’enjeu et par le soutien du public (si le Tonga compte 120 000 habitants, il faut savoir qu’en Nouvelle-Zélande, plus de 50 000 personnes sont originaires du Tonga ! En fait, le Westpac stadium de Wellington comptait samedi dernier plus de supporters du Tonga qu’on ne recense d’habitants à Nuku’Alofa, la capitale du Tonga !).
Bref, tout ça pour dire que la victoire du Tonga contre l’équipe de France me semblait être écrite d’avance. C’est ce que j’avais dit à Emilie Dudon, la journaliste de Midi Olympique qui m’avait interrogé le mardi 6 septembre, lors de l’entrainement portes ouvertes de l’Equipe de France (des portes ouvertes que personne n’a pensé à refermer, vu le nombre d’essais qu’on a encaissés jusque là…). Elle semblait surprise – elle a dû penser que soit j’étais fou, soit que je n’y connaissais rien au rugby… Elle m'a accusé d'être pessimiste ; je me suis simplement trouvé réaliste. Retrouvez ici son article, paru à 3 jours du premier match des Bleus face au Japon : http://coupe-du-monde.tf1.fr/rugby/actu-coupe-du-monde/bleus-premier-bain-de-foule-6674790.html
Bon, alors, super, on est qualifié. Et maintenant, on fait quoi ? Ce n'est pas parce qu'on a un ailier qui se décarcasse pour ramasser des points de bonus (Vincent Clerc à la dernière seconde contre le Canada puis contre le Tonga) qu'on y voit beaucoup plus clair ! On va encore dire que je suis pessimiste, mais j'ai bien peur que nos amis anglais, Wilkinson, Tuilagi, Ashton et compagnie, éteignent définitivement la lumière sur ce XV de France si moribond. Le cauchemar ne fait peut-être que commencer...
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