mardi 4 octobre 2011

Bilan de la Poule A

Me voilà donc revenu en France, après trois semaines de pérégrinations à travers l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande.

Trois semaines à parcourir en long, en large et en travers la cour de la Poule A et du Coq français. Quelle était belle cette poule ! Une poule qui nous a pondu des matchs tous plus passionnants les uns que les autres !

Définitivement unique, cette Poule A. « A » comme As ou Ace en Anglais – bref, la Poule des Champions. Je suis prêt à parier un sacré pécule que le futur Champion du monde aura été couvé dans cette Poule. A propos, évitons toute confusion – je tiens à préciser que je ne pensais pas aux Français en prédisant le futur Champion du Monde. Car le coq, notre fameux coq bleu en short blanc, avait l’air très fatigué et très perturbé au sortir de la cour. Déboussolé face aux insouciants Japonais, fragilisé face aux rugueux Canadiens, cabossé face aux impitoyables Blacks et martyrisé face aux belliqueux Tonguiens, on ne l’a pas vraiment vu, juste entr’aperçu, 20 minutes face au Japon, 15 minutes face au Canada et 10 minutes face aux Blacks. A vrai dire, notre coq n’a jamais eu fière allure en ce mois de septembre ! Et pis encore, dès lors que les premiers rayons du soleil printanier néo-zélandais se sont pointés, notre coq s’est transformé, transformé en poules mouillées.

Concrètement, que retenir de cette Poule A ? Voici les moments forts de cette poule, tels que je les ai vécus.

L’Image

7000 supporters du Tonga à l'aéroport d'Auckland

J’en ai déjà parlé dans l’un des premiers posts de ce blog, mais l’accueil réservé par les supporters Tonguiens lors de l’arrivée de leur équipe à l’aéroport était absolument extraordinaire ! Pour moi, ça reste l’une des images les plus fortes de ce début de Coupe du Monde. J’étais présent à l’aéroport à ce moment là car mon avion venait juste d’atterrir, et je me suis ainsi retrouvé en plein milieu d’une liesse populaire indescriptible ! C’était un lundi à quatorze heures et ils étaient plus de 7000 supporters, tout de rouge vêtu, à attendre leur équipe dans la bonne humeur pour leur souhaiter bonne chance ! Les enfants avaient séché l’école, les parents avaient pris leur journée ; les Tonguiens d’Auckland n’auraient raté cet évènement pour rien au monde !

Le lendemain, je n’y étais pas mais j’ai appris que 5000 supporters avaient assisté au premier entraînement des Tonguiens à Papakura (banlieue sud d’Auckland) ! Durant tout l’entraînement, les supporters ont dansé, chanté et encouragé leur équipe jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de voix. Absolument incroyable ! Malheureusement, ils étaient peu nombreux à l’Eden Park le jour de l’ouverture entre les All Blacks et leur équipe, en raison du prix exorbitant des tickets pour ce match.

Le Match

Dans l'attente du coup d'envoi de Tonga-Japon à Whangarei

Niveau rugby, on a été gâté dans cette poule. Le niveau n’était certes pas aussi élevé que dans la Poule D (Afrique du Sud, Galles, Samoa et Fidji ont mis la barre très haut), mais on était aux antipodes de la « Poule de la Mort » (Poule B avec Angleterre, Ecosse et Argentine, ou « Poule de la Mort par l’Ennui » comme l’écrivait un journaliste néo-zélandais).

Des styles différents (le Japon et son rugby frénétique ; la Nouvelle-Zélande et son rugby total, le Tonga et son rugby aussi puissant qu’instinctif, le Canada et son rugby musclé et dynamique, la France et… la France et son rugby assoupissant).

Du suspense (victoire du Canada face au Tonga 25 à 20, grâce à un essai à la 73e ; match nul du Canada contre le Japon après avoir inscrit 10 points dans les 5 dernières minutes ; une deuxième place qui se joue finalement sur des points de bonus qui auront été arrachés par les Français dans les toutes dernières minutes face au Japon, au Canada et au Tonga, et manqués de peu par le Tonga contre le Japon).

De l’ambiance dans les stades (mentions spéciales aux supporters français, japonais et canadiens qui s’étaient déplacés en masse pour encourager leur équipe respective).

Du jeu (la démonstration des All Blacks face aux Français est à montrer dans toutes les écoles de rugby ; mais de façon générale, on a vu des essais splendides, grâce à l’enthousiasme des Japonais, à la rage des Tonguiens et au jeu structuré des Canadiens. Même les Français ont marqué des essais !).

Si je ne devais sélectionner qu’un match pour résumer tout cela, je choisirais le Tonga-Japon du 21 septembre à Whangarei. Merveilleux condensé de tout ce que le rugby a de plus beau à offrir ! Un stade champêtre, une ambiance festive, un suspense déroutant et 3 essais de chaque côté au terme d’une partie intense et engagée. Score final : 31 à 18 pour le Tonga. Les vingt dernières minutes auront été disputées sur un rythme particulièrement endiablé ; les deux équipes s’étant jeté corps et âmes dans la bataille pour emporter la victoire tout en décrochant le point de bonus offensif. Des matchs comme ça, on en redemande !

Le Joueur

Jerome Kaino, un joueur qui allie classe et agressivité

Beaucoup de joueurs se sont illustrés lors de cette première phase : les arrières All Blacks Israel Dagg, Richard Kahui, Ma’a Nonu et Sonny Bill Williams, le troisième ligne aile canadien Adam Kleeburger et son compère au centre Van Der Merwe, l’ailier japonais Onozawa, les Tonguiens Piutau, Moa, Lutui, etc. Je pourrais même citer Vincent Clerc, qui a tout de même inscrit 5 essais !

Mais, à mes yeux, un joueur a survolé les débats : il s’agit de Jerome Kaino, le troisième ligne aile des All Blacks. Redoutable plaqueur, infatigable (il a joué en intégralité les 4 matchs de poule !), dur au mal et surpuissant balle en main, il a toujours mis son équipe dans le sens de la marche. Il y a bien sûr de nombreuses stars en Nouvelle-Zélande (Carter, McCaw, Sonny Bill Williams…), mais on ne parle pas assez de l’importance que revêt le joueur des Auckland Blues dans le dispositif des All Blacks.
La ligne de trois quarts des All Blacks est exceptionnelle, mais pour qu’elle se mette en valeur, il faut bien entendu qu’elle ait des ballons propres à jouer. Et pour faire le ménage, il n’y a pas mieux que Kaino à l’heure actuelle ! Aussi à l’aise dans les tâches obscures que dans le jeu débridé, il est l'un des garants du style All Black. Tant que Jerome Kaino évolue à ce niveau, et pour peu que Richie McCaw ne se blesse pas et que l’excellent n°8 Kieran Read retrouve sa forme habituelle après une longue blessure, la 3e ligne néo-zélandaise est amenée à rayonner et je ne vois pas ce qui pourrait empêcher les All Blacks de conquérir un nouveau titre mondial.

La Surprise

Ducalcon, Dusautoir et Yachvili dépités

Inutile de rappeler encore une fois la débandade des Français contre le Tonga. Mais vu la fragilité du Quinze tricolore depuis le début du Mondial, était-ce si surprenant de voir l’équipe de France s’effondrer de la sorte face au Tonga ?

Je retiendrai plusieurs petites surprises :

- La défaite du Tonga contre le Canada. Suite à une énorme débauche d’énergie (physique et émotionnelle) lors du match d’ouverture face aux All Blacks, les joueurs de l’archipel se sont retrouvés à plat avant d’affronter le Canada. Etant donné qu’ils n’avaient que 4 jours de récup’, l’entraîneur Isotolo Maka a aligné une équipe B, pensant que ça ferait l’affaire face aux « Bûcherons » nord américains. Le pari n’a pas payé, et on a assisté à la première petite surprise de la Coupe du Monde.

- Les mauvais résultats du Japon : un nul et trois défaites. Il n’y a pas grand-chose à redire sur leur jeu pratiqué, mais les Japonais attendaient certainement mieux qu’un simple match nul après avoir remporté la Pacific Cup cette année.

- Le jeu pratiqué par le Canada : traditionnellement très physique et très direct, le jeu des Canadiens a clairement évolué. Les barbus canadiens font désormais dans la finesse : patients et disciplinés, ils conservent bien le ballon et sont capables d’enchaîner les temps de jeu pour déstabiliser leurs adversaires. Leur jeu n’est plus uniquement basé sur le défi physique et l’occupation du terrain ; ils ont dorénavant ajouté le rugby de mouvement à leur palette.

La Déception

Carter à terre, c'est tout un peuple qui souffre

Dan Carter. Quelle tristesse de voir le meilleur joueur au monde quitter la Coupe du monde disputée chez lui en Nouvelle-Zélande, avant même les phases finales !
Moralement, c'est un coup dur pour les Néo-Zélandais, qui craignaient justement de perdre leur n°10 pendant la Coupe du Monde. Graham Henry a passé en revue de nombreux demi d'ouverture ces dernières années (Stephen Donald, Colin Slade, Aaron Cruden, etc.), mais aucun n'a semblé faire l'affaire. Il est vrai que Dan Carter est tellement doué techniquement et tellement à l'aise sous la pression que ses remplaçants potentiels souffrent de la comparaison.
Alors, qu'en est-il des chances All Blacks sans Dan Carter ? Qui pour le remplacer ? Il semblerait que Graham Henry hésite encore, même si le staff accorde toute sa confiance au jeune Colin Slade.
Seulement, Colin Slade a souvent paru nerveux lors de ses quelques apparitions sous le maillot à la fougère, et il n'est pas exclu que Graham Henry nous fasse une "Marc Lièvremont" pour les matchs capitaux, à savoir replacer un demi de mêlée (en l'occurence Piri Weepu) en position de demi d'ouverture.
Mon opinion, c'est que les All Blacks ne doivent pas chercher un 10 décisif comme pouvait l'être Carter, mais plutôt un 10 qui ne les mette pas en position de perdre un match important. Piri Weepu, de par son talent, son aura et son vécu chez les Blacks, serait donc l'option la moins risquée, même si son expérience du poste est très limitée. Weepu ferait défaut à la mêlée, mais les solutions de rechange à ce poste (Andy Ellis, Jimmy Cowan) sont bien plus solides qu'en n°10 (Colin Slade et Aaron Cruden).

Mathématiques

Sachant que les joueurs français ont refusé les demis offerts par Lièvremont après le match face au Tonga, que Lièvremont aligne deux 1/2 de mêlée en 1/4, que la ligne de 3/4 est 100% identique à celle qui a été humiliée face au Tonga, que notre 5/8e (1er centre pour les Néo-Zélandais) remplaçant a écopé de 3 semaines de suspension (Estebanez) et que notre n°13 (Rougerie) n'est qu'à 50% de ses moyens, quel est le pourcentage de chances de la France de se qualifier pour les 1/2 finales ?

Un indice : les Français ont 0% de victoire face aux Anglais en matchs éliminatoires de Coupe du Monde (défaites en 1991, 2003 et 2007).


J'ai beau retourner le problème sous tous les angles, je trouve 0%... Quelqu'un d'autre a-t-il un résultat différent ?

lundi 3 octobre 2011

Un résultat logique


A y réfléchir, la victoire du Tonga contre la France n'a rien de renversant. C'est un résultat logique, entre deux équipes proches l'une de l'autre (ce matin, la France pointait au 8e rang du classement IRB, talonnée de près par le Tonga, désormais 9e). Certes, on n’était pas nombreux à envisager une défaite des Bleus contre le Tonga, mais on était au moins deux, à savoir Fred et moi.

Ce match avait tout du match piège : une équipe de France, le moral en berne après dix-huit mois catastrophiques, allait affronter une équipe du Tonga, euphorique en raison du soutien extraordinaire dont elle bénéficie en Nouvelle-Zélande.

Objectivement, reprenons les forces en présence :

D'un côté, nous avions une équipe de France qui n'a jamais été aussi mauvaise depuis que je m'intéresse à ce sport. Les résultats sous Lièvremont, notamment depuis juin 2010, sont, et de loin, les pires de l'ère professionnelle. Défaite en Afrique du Sud 42 à 17 le 12 juin 2010, défaite en Argentine 41 à 13 le 26 juin 2010, défaite à Paris contre l'Australie 59 à 16, défaite en Italie 22 à 21 le 12 mars 2011... La liste est douloureuse.

C'est peut-être Alzheimer avant l'heure, mais impossible de me souvenir de la dernière fois où le XV de France m'a fait vibrer.

Tandis que les grandes équipes se bâtissent sur la durée (cf l'Angleterre championne du monde en 2003), Marc Lièvremont a décidé de démanteler le XV de France qui a fait le Grand Chelem en 2010 - la dernière équipe qui avait un soupçon de cohérence. Exit les Jauzion, les Bastareaud, les Poitrenaud, les Chabal et autre Michalak !

Lièvremont, qui doit composer sa ligne de trois quarts comme on joue à la loterie, a mis ces derniers temps un ailier au centre (Rougerie), un arrière à l'aile (Médard) et un demi de mêlée à l'ouverture (Parra). Et pour cirer le banc, il a opté pour un demi d'ouverture "Grand Chelemard" (Trinh-Duc).

Cette équipe, version 2011, n'a pas d'âme, pas de jeu, pas de leader, pas de confiance. Ce n'est pas en allant disputer la Coupe du Monde au Pays du Long Nuage Blanc qu'elle allait sortir du brouillard !

De l'autre côté, le Tonga ne pouvait que monter en puissance au cours du Mondial : c’est un pays qui ne joue que 3 ou 4 rencontres internationales par an, contre une dizaine pour l’Equipe de France. Et encore, lorsqu’il dispute des Test matchs, le Tonga est souvent privé de ses meilleurs joueurs, retenus par leurs clubs fortunés en Europe. La Coupe du Monde représente ainsi le seul moment où les joueurs du Tonga peuvent s’approprier un système de jeu, se forger un état d’esprit, se fixer des repères, bref, former une véritable équipe.

D’autre part, en dehors de la Coupe du Monde, le Tonga ne rencontre quasiment jamais de grosses pointures (ces 4 dernières années, le Tonga n’a disputé aucun match face à l’une des 8 meilleures équipes au monde). En enchaînant les matchs de haut niveau lors de la Coupe du monde (dans l’ordre cette année : Nouvelle-Zélande, Canada, Japon et France), le Tonga ne pouvait qu’emmagasiner de l’expérience, engranger de la confiance et par conséquent s’améliorer.

Sur le papier, c’est une très belle équipe : la plupart des joueurs majeurs du Tonga ont fait leurs preuves à un niveau professionnel, que ce soit dans l’hémisphère Sud (championnat des provinces en Nouvelle-Zélande pour de nombreux joueurs voire Super 15 pour les meilleurs d’entre eux) ou en Europe (Top 14 ou Premiership). Ainsi, le n°9 Taniela Moa a passé 5 ans chez les Auckland Blues ; le centre Siale Piutau est l’une des stars du Super 15 avec les Highlanders ; le capitaine Finau Maka a laissé une trace indélébile en France avec Toulouse, tandis que le pilier Soane Tonga’Uiha est considéré comme l’un des meilleurs piliers du championnat anglais. Au total, ce ne sont pas moins de 23 joueurs (sur 30) évoluant ou ayant évolué à un niveau professionnel, que ce soit dans le Top 14, en Pro D2, dans la Premiership anglaise, ou bien dans le NPC, le championnat des provinces néo-zélandaises.

Enfin, le calendrier avait tout l’air d’un traquenard pour nos XV naïfs petits coqs : une semaine seulement après avoir eu le corps et le moral probablement meurtris par le passage impitoyable de la Machine All Blacks, les Bleus devaient se coltiner les terrifiants guerriers des Iles Tonga. Des Tonguiens qui joueraient contre le XV de France pour une place en quarts de finale, motivés comme jamais par l’enjeu et par le soutien du public (si le Tonga compte 120 000 habitants, il faut savoir qu’en Nouvelle-Zélande, plus de 50 000 personnes sont originaires du Tonga ! En fait, le Westpac stadium de Wellington comptait samedi dernier plus de supporters du Tonga qu’on ne recense d’habitants à Nuku’Alofa, la capitale du Tonga !).

Bref, tout ça pour dire que la victoire du Tonga contre l’équipe de France me semblait être écrite d’avance. C’est ce que j’avais dit à Emilie Dudon, la journaliste de Midi Olympique qui m’avait interrogé le mardi 6 septembre, lors de l’entrainement portes ouvertes de l’Equipe de France (des portes ouvertes que personne n’a pensé à refermer, vu le nombre d’essais qu’on a encaissés jusque là…). Elle semblait surprise – elle a dû penser que soit j’étais fou, soit que je n’y connaissais rien au rugby… Elle m'a accusé d'être pessimiste ; je me suis simplement trouvé réaliste. Retrouvez ici son article, paru à 3 jours du premier match des Bleus face au Japon : http://coupe-du-monde.tf1.fr/rugby/actu-coupe-du-monde/bleus-premier-bain-de-foule-6674790.html

Bon, alors, super, on est qualifié. Et maintenant, on fait quoi ? Ce n'est pas parce qu'on a un ailier qui se décarcasse pour ramasser des points de bonus (Vincent Clerc à la dernière seconde contre le Canada puis contre le Tonga) qu'on y voit beaucoup plus clair ! On va encore dire que je suis pessimiste, mais j'ai bien peur que nos amis anglais, Wilkinson, Tuilagi, Ashton et compagnie, éteignent définitivement la lumière sur ce XV de France si moribond. Le cauchemar ne fait peut-être que commencer...

mardi 27 septembre 2011

Une mêlée pas si Pacifique que ça

L'image du jour : au coeur de la mêlée

Lors des Coupes du monde précédentes, les équipes du Pacifique (Fidji, Tonga, Samoa) étaient régulièrement compétitives, mais devaient souvent s’incliner face à des équipes plus affûtées sur le plan tactique (combien de fois ont-elles perdu des matchs pour avoir joué des pénalités à la main alors que les 3 points semblaient être une évidence ? combien de fois ont-elles encaissé des essais pour avoir négligé une touche ou une mêlée ?). Les équipes du Pacifique ont toujours du mal à s'imposer face aux grosses équipes des Six Nations ou des Tri Nations, mais elles sont sur la bonne voie me semble-t-il.

Cette année, on reproche aux joueurs Samoans (et à un degré moindre, aux Fidjiens) d’avoir perdu leur flair. Certes, ils sont moins spectaculaires qu’auparavant, mais ils arrivent désormais à allier leur agressivité légendaire avec une rigueur et une approche tactique qu’on ne leur connaissait pas. Ils sont définitivement sur la bonne voie – une fois qu’ils auront confiance en leur potentiel sur les phases de conquête, je pense qu’ils pourront laisser leur flair s’exprimer. Pour l’instant, ils jouent « appliqués » et non pas « libérés ». Un peu comme l’équipe de France quoi. Dès lors, ils seront difficiles à stopper !

Le match entre Samoa et Fidji, auquel j’ai assisté dimanche après-midi, représente le meilleur exemple de l’évolution de leur jeu.

J’ai pu lire dans la presse que c’était l’un des matchs les plus ennuyeux de la Coupe du monde jusque là. Certainement que le match ne répondaient pas aux attentes des journalistes en matière de jeu – si on voulait voir une partie de Beach Rugby, c’est clair qu’il ne fallait pas se rendre à l’Eden Park ce dimanche !

Et pourtant, quel match ! Un match qui, soit dit en passant, se jouait à guichets fermés. Je me suis régalé pendant 80 minutes. Disons que ça ne plaisante pas entre « cousins » du Pacifique, malgré l’atmosphère carnavalesque qui régnait dans l’enceinte de l’Eden Park ! Un combat d’une intensité sans pareille, des plaquages destructeurs, des coups de pied de déplacement astucieux, des passes au cordeau et des percussions monstrueuses ! Que demander de plus ?

Symbole de ce renouveau, la mêlée. Alors que par le passé, il semblait que les joueurs du Pacifique redoutaient cette épreuve – comme si c’était un piège tendu par les Européens exprès pour ralentir le jeu – j’ai l’impression qu’ils adorent ça désormais.

J’étais aux premières loges – une erreur informatique m’a permis de bénéficier d’une place mieux placée que celle que j’avais payée. Bref, sur mon siège, j’étais vraiment au cœur de la mêlée ! Chaque mêlée était engagée, tactique, brutale. A en juger par le bruit terrifiant des impacts sur les entrées en mêlée, je peux vous dire que ce n’était pas des mêlées simulées !

Pour en revenir sur l’ambiance dans le stade, c’était absolument magique. C’est comme si tout Auckland Sud (où vivent en grande partie les communautés du Pacifique) s’était réuni pour faire une fête géante ! De nombreux supporters étaient déguisés ; ils dansaient et chantaient quelque soit le score (chapeau bas aux supporters fidjiens, qui malgré une défaite qui les élimine de la Coupe du monde, ont gardé le sourire jusque bien après le coup de sifflet final).

Dans cet article, je fais principalement référence au Fidji et au Samoa car je viens tout juste de les voir, mais il en va de même pour le Tonga, le prochain adversaire des Bleus. J’ai vu tous les matchs du Tonga jusqu’à présent : Nouvelle-Zélande-Tonga et Japon-Tonga au stade, et Canada-Tonga à la télé. D’après ce que je lis dans les journaux, ils y croient encore. Il leur reste une chance minime de se qualifier, et ils vont jouer le coup à fond (pour se qualifier, ils doivent battre l’équipe de France en marquant un point de bonus offensif et en empêchant les Français d’inscrire un point de bonus). Ça paraît compliqué pour eux, mais ce sont de redoutables guerriers qui ne partent pas battus d’avance !

Le Tonga, c’est aussi une très belle équipe de rugby : en 2e mi-temps, ils ont fait jeu égal avec les All Blacks. Ils ont perdu contre le Canada, mais c’est peut-être dû à une erreur stratégique (ils ont voulu aligner leur meilleure équipe face aux All Blacks pour le match d’ouverture, et du coup, ils ont dû mettre une équipe B face au Canada, sachant qu’ils n’avaient que 4 jours de récupération entre les deux matchs). Contre le Japon, ils ont sorti un match admirable, trouvant le juste équilibre entre engagement physique et maîtrise tactique. Ce match face au Tonga me fait peur depuis l’annonce des poules, et si je suis rassuré maintenant, c’est principalement dû au fait que le Tonga n’a pas pu marquer le point de bonus offensif face aux Japonais ! Car sinon, une simple victoire de ces foudroyants Tonga boys contre nos Bleus apathiques leur aurait suffi pour se qualifier…

dimanche 25 septembre 2011

La Grande Messe Noire

L'image du jour : The French Frog is dead. Va-t-elle ressusciter ?


Tana Umaga expliquait dans les colonnes du New Zealand Herald qu’à Toulon, certaines personnes allaient à l’église pour leur religion, d’autres allaient au Stade Mayol. Je dirais qu’à Auckland, les gens vont à l’Eden Park pour leur religion.

Catholiques, bouddhistes ou musulmans, tous se retrouvent dans le Temple du rugby pour communier.

C’est un véritable pèlerinage pour se rendre à l’Eden Park. Une marche de 4,5 kilomètres, à travers Queen street, le Myers Park, le vibrant quartier de K’road, puis la Great North road dans le quartier de Newton avant de finir dans le quartier résidentiel du Mont Eden. Certes, on peut prendre les transports en commun – de nombreux bus et trains gratuits sont en service les jours de match – mais ici, les supporters ont la Foi.

Nous étions ainsi des dizaines de milliers à effectuer ce pèlerinage. La municipalité d’Auckland a baptisé ce parcours « The Fan Trail ». Le chemin est parsemé d’animations en tout genre, d’expositions artistiques, de stands à hot dogs, de toilettes, de boutiques à souvenirs, etc.

Et puis, surtout, il y a des bars tout le long du chemin. Les premières bières étaient descendues en bas de Queen street ; la Marseillaise retentissait déjà. Dans les bars de K’road, les supporters s’époumonaient sur des chansons paillardes ; enfin, arrivés sur Great North road, le brouhaha était tel qu’on ne savait plus très bien s’il s’agissait de chansons ou de discussions ! Toujours est-il que dans les bars, les supporters français n’étaient pas en infériorité numérique et ont même fait jeu égal avec les Néo-Zélandais.


Enfin, nous avons atteint le Temple. Quand Richie McCaw, le Dieu du rugby en Nouvelle-Zélande, a foulé en premier la pelouse mythique de l’Eden Park, tout le stade a frissonné – chaleureux moment de communion à l’Eden Park pour la grande fête du rugby.

Seulement, les évènements ont pris une tournure tragique. Piri Weepu a lancé le Kapa o Pango et on a tous compris que ce serait une messe noire à laquelle on allait assister.

La suite ? Un long chemin de croix. Points de miracle de ce côté-ci de l’Equateur ! Et pourtant, Szarzewski a vu la Vierge Marie et toutes les constellations de l’hémisphère sud suite à un plaquage appuyé.

Les Français n’ont pas trouvé les clés de la boîte à magie dans le Temple du rugby. Si magie il y avait, c’était de la magie noire. Les chants français se sont tus au bout de 20 minutes. Le temps aux All Blacks de mettre en route la machine. Ils ont enfoncé les clous, où il fallait, quand il fallait. Perforation de Nonu, magnifiques relais de Carter et Dagg, essai de Thompson. Quelques instants plus tard, c’est Cory Jane qui trouvait la Terre Promise après avoir déchiré le rideau défensif français. Juste après, Carter s’amusait dans le camp des Bleus pour offrir un essai à Dagg. Implacable. 19 à 0 après 25 minutes, 3 essais en dix minutes – la messe était dite. Précision chirurgicale. 19-3 à la mi-temps. Un calvaire. Et pourtant, face au récital des Blacks, les Français ne sont pas restés les bras en croix : Médard partait se confesser pour plaquage manqué, Traille allumait gracieusement des chandelles, Dusautoir se sacrifiait sur chaque avancée de McCaw, Yachvili faisait le martyr sur un coup de coude de Kaino – ce même Yachvili allait ensuite faire la quête auprès de l’arbitre pour trois petits points – et Clerc, isolé sur son aile, faisait l’aumône pour avoir des ballons. Le problème, c’est que les Blacks étaient des plus sérieux lorsqu’ils mimaient un signe d’égorgement à la fin du Kapa o Pango. Les Français ont couru comme des coqs sans tête pendant 80 minutes et les All Blacks n’ont eu aucun mal à s’emparer de la tête de la Poule A.

On dit que les All Blacks, tout vêtus de noir, portent le deuil de leur adversaire. Cela n’a jamais été aussi vrai. Charitables, les Néo-Zélandais ont tout de même concédé 14 points aux Bleus (parés de blanc pour l’occasion) en seconde période. Néanmoins, il n’a pas fallu attendre le coup de sifflet final pour savoir que la grenouille était morte. Enterrée avec le ballon dans un dernier ruck. 37-17, score final. Les funérailles sont prévues pour le quart de finale face à l’Angleterre. La grenouille va-t-elle renaître de ses cendres d’ici les phases finales ? Prions !

samedi 24 septembre 2011

Faut pas croire que ce sont des moutons qui vont jouer



Admettons que Peter Bills ait raison ; que le XV de France qui va pénétrer dans l’enceinte de l’Eden Park ce soir soit bien notre équipe B.

Après tout, Peter Bills est un journaliste professionnel, loin de moi l’idée de remettre en cause ses compétences en la matière ! D’ailleurs, il est sacrément bien informé ce Peter Bills, car personne en France ne saurait dire sans se tromper quelle est notre équipe A (on ne sait même pas si Lièvremont le sait).

Bref, quand une équipe B compte, parmi ses quinze titulaires :

- Le capitaine de l’équipe de France (T. Dusautoir) ;

- Le précédent capitaine de l’équipe de France (L. Nallet) ;

- Le capitaine par intérim de l’équipe de France (A. Rougerie) ;

- Le 7e joueur le plus capé de l’histoire du rugby français (D. Traille, 87 sélections) ;

- Le meilleur marqueur français de l’histoire en coupe du monde (V. Clerc, 9 essais) ;

- Deux des dix meilleurs buteurs de cette coupe du monde (D. Yachvili et M. Parra) ;

- Le meilleur joueur du dernier match France-Canada (L. Picamoles) ;

- Les deux joueurs français les plus doués de leur génération (M. Mermoz et M. Médard) ;

- Quant aux cinq joueurs non cités plus haut (L. Ducalcon, D. Swarzewski, JB. Poux, P. Papé et J. Bonnaire), ils ont tous participé au Grand Chelem 2010 ! Bonnaire ayant d’ailleurs été titulaire à 3 reprises, et Papé deux fois.

- En fait, onze joueurs ayant participé au Grand Chelem 2010 vont se retrouver dans le XV de départ (L. Ducalcon, D. Swarzewski, JB. Poux, P. Papé, L. Nallet, J. Bonnaire, T. Dusautoir, D. Yachvili, M. Parra, A. Rougerie et V. Clerc).

Je pense qu’on peut dire sans exagérer que c’est une équipe B qui a quand même de la gueule. Une équipe qui « tient la route », comme l’a décrite Graham Henry, le sélectionneur des All Blacks. En gros, les All Blacks ne vont pas tomber sur un troupeau de moutons, et d'ailleurs ils le savent très bien. Allez, amenez-nous les All Blacks !

Lu dans la presse : il faut se méfier des Français !

Après Buck Shelford (l’ancien n°8 des All Blacks) et Tony Marsh hier, c’est au tour de Tana Umaga de s’exprimer dans la presse pour dire à quel point les Français seront dangereux ce soir ! Umaga, qui connaît bien la France pour avoir passé plusieurs saisons à Toulon, dit que les Français jouent avec beaucoup de fierté et de passion, et qu’ils seront fidèles au vieil adage « pas de mêlée, pas de victoire ». Umaga s’attend donc à un combat féroce en mêlée, et les All blacks devront être à la hauteur dans ce secteur de jeu s’ils veulent remporter le match.

Par ailleurs, un grand article a été fait dans le New Zealand Herald au sujet de Louis Picamoles. D’après le journal, il sera l’un des joueurs français à surveiller de très près ce soir – les All Blacks devront empêcher Picamoles de gagner les petits centimètres qui font la différence. Son gabarit (1m92, 120 kg) a impressionné Wynne Gray, le journaliste néo-zélandais auteur de l’article, qui pourtant voit régulièrement de belles bêtes lorsqu’il interviewe les All Blacks !

A propos de bêtes, ici, en Nouvelle-Zélande, ils ont une vache qu’ils appellent Richie McCow, et qui prédit le sort des All Blacks. Tout simplement, ils mettent deux bouteilles de lait devant McCow, l’une aux couleurs des All Blacks, et l’autre aux couleurs de l’adversaire. McCow ne se trompe jamais – en tout cas, jusqu’à présent, elle avait pronostiqué les deux premières victoires des Blacks, face au Tonga et au Japon (facile me direz-vous – oui, mais ça reste une vache !). Et là, elle a choisi la bouteille de lait aux couleurs de la France !

Si vous croyez en McCow, il faut donc croire en une victoire des Bleus ce soir !

vendredi 23 septembre 2011

Retour à Auckland



Après avoir sillonné en long, en large et en travers l’île du Nord pendant une douzaine de jours (New Plymouth, Wellington, Hamilton, Napier, Rotorua et Whangarei), je viens de retrouver Auckland et sa Sky Tower. C’est ici même qu’auront li
eu les deux dernières rencontres auxquelles je vais assister avant de rentrer en France : Nouvelle Zélande-France demain, et Fidji-Samoa dimanche. Deux affiches qui promettent !

Si le match entre Fidjiens et Samoans ne devrait pas manquer de saveurs, c’est bien entendu le choc des Titans entre All Blacks et Français qui alimente toutes les conversations ! Dans les rues d’Auckland, la tension est palpable. Les gens ne parlent que de ça ! De la caissière philippine du supermarché au serveur allemand d’un bar sur le port, chacun a son avis sur le match et a hâte que ces deux équipes s’affrontent !

Le XV de France face au Grand Mur Noir

Si la cérémonie d’ouverture s’est déroulée le 9 septembre, j’ai le sentiment que le premier véritable feu d’artifice est prévu pour demain sur la pelouse sacrée de l’Eden Park !

La France va peut-être prendre une déculottée monumentale, mais on y croit, parce que c’est ça la beauté du sport, tous les espoirs et tous les rêves sont permis jusqu’au coup de sifflet final !

Le XV de France, qui n’a guère brillé ces derniers temps et s’est plutôt fait remarquer par l’absence d’un quelconque fonds de jeu, va nous offrir un spectacle remarquable demain soir. Face aux Seigneurs du jeu que sont les Richie McCaw, Dan Carter, Ma’a Nonu, Keven Mealamu, Brad Thorn et consorts, nos petits coqs français vont se transcender ! On perdra la rencontre, certainement, mais on a les moyens de (re-)conquérir les cœurs de tous les supporters.

Car c’est à travers des rencontres comme celle-ci que le rugby français a bâti sa légende. Dos au mur, condamné d’avance par la presse et le public, le XV de France est parfois capable de coups d’éclats que personne ne saurait analyser. Les époques passent, les joueurs changent et le jeu évolue, mais la France a toujours conservé cette petite part de magie qui peut rendre son jeu éblouissant. L’autre jour, je disais à un supporter japonais avant le match Nouvelle Zélande-Japon que j’appréciais beaucoup l’équipe du Japon, insistant sur le fait que c’était une équipe qui jouait avec beaucoup de cœur, beaucoup de passion et qui proposait un rugby très agréable à regarder. Le Japonais s’est incliné plusieurs fois, et m’a remercié des dizaines de fois. J’ai dit au Japonais « pas la peine de me remercier, je dis juste ce que tout le monde pense ». Le Japonais m’a dit : « mais provenant d’un Français, vous qui avez une si grande équipe, c’est très touchant ». Ce à quoi j’ai répondu : « On n’est pas si grand que ça ; on n’a jamais gagné de Coupe du monde ». Et le japonais a déclaré : « mais la France, c’est le rugby Champagne !! La France, c’est la beauté du jeu !! ».

En sortant un match merveilleux demain soir, le XV de France peut nourrir cette vision romantique du rugby, chasser ses doutes les plus tenaces et effacer de la mémoire collective les contre-performances de ces douze derniers mois. Le XV de France peut le faire ! Pourvu qu’il soit solide sur ses bases et qu’il retrouve les clés de la boîte à magie. J’espère, je rêve.

Lu dans la presse : McCaw dans la légende


Samedi soir, contre l’équipe de France, Richie McCaw va devenir le premier joueur de la très riche histoire des All Blacks à atteindre le cap des 100 sélections.

Ainsi, tous les journaux consacrent de nombreux articles au sujet de l’emblématique capitaine des All Blacks, reléguant quasiment au second plan l’analyse des clés du succès contre l’équipe de France. Dans l’édition du New Zealand Herald de vendredi, on pouvait trouver un poster géant célébrant les 100 caps du grand Richie.