Lors des Coupes du monde précédentes, les équipes du Pacifique (Fidji, Tonga, Samoa) étaient régulièrement compétitives, mais devaient souvent s’incliner face à des équipes plus affûtées sur le plan tactique (combien de fois ont-elles perdu des matchs pour avoir joué des pénalités à la main alors que les 3 points semblaient être une évidence ? combien de fois ont-elles encaissé des essais pour avoir négligé une touche ou une mêlée ?). Les équipes du Pacifique ont toujours du mal à s'imposer face aux grosses équipes des Six Nations ou des Tri Nations, mais elles sont sur la bonne voie me semble-t-il.
Cette année, on reproche aux joueurs Samoans (et à un degré moindre, aux Fidjiens) d’avoir perdu leur flair. Certes, ils sont moins spectaculaires qu’auparavant, mais ils arrivent désormais à allier leur agressivité légendaire avec une rigueur et une approche tactique qu’on ne leur connaissait pas. Ils sont définitivement sur la bonne voie – une fois qu’ils auront confiance en leur potentiel sur les phases de conquête, je pense qu’ils pourront laisser leur flair s’exprimer. Pour l’instant, ils jouent « appliqués » et non pas « libérés ». Un peu comme l’équipe de France quoi. Dès lors, ils seront difficiles à stopper !
Le match entre Samoa et Fidji, auquel j’ai assisté dimanche après-midi, représente le meilleur exemple de l’évolution de leur jeu.
J’ai pu lire dans la presse que c’était l’un des matchs les plus ennuyeux de la Coupe du monde jusque là. Certainement que le match ne répondaient pas aux attentes des journalistes en matière de jeu – si on voulait voir une partie de Beach Rugby, c’est clair qu’il ne fallait pas se rendre à l’Eden Park ce dimanche !
Et pourtant, quel match ! Un match qui, soit dit en passant, se jouait à guichets fermés. Je me suis régalé pendant 80 minutes. Disons que ça ne plaisante pas entre « cousins » du Pacifique, malgré l’atmosphère carnavalesque qui régnait dans l’enceinte de l’Eden Park ! Un combat d’une intensité sans pareille, des plaquages destructeurs, des coups de pied de déplacement astucieux, des passes au cordeau et des percussions monstrueuses ! Que demander de plus ?
Symbole de ce renouveau, la mêlée. Alors que par le passé, il semblait que les joueurs du Pacifique redoutaient cette épreuve – comme si c’était un piège tendu par les Européens exprès pour ralentir le jeu – j’ai l’impression qu’ils adorent ça désormais.
J’étais aux premières loges – une erreur informatique m’a permis de bénéficier d’une place mieux placée que celle que j’avais payée. Bref, sur mon siège, j’étais vraiment au cœur de la mêlée ! Chaque mêlée était engagée, tactique, brutale. A en juger par le bruit terrifiant des impacts sur les entrées en mêlée, je peux vous dire que ce n’était pas des mêlées simulées !
Pour en revenir sur l’ambiance dans le stade, c’était absolument magique. C’est comme si tout Auckland Sud (où vivent en grande partie les communautés du Pacifique) s’était réuni pour faire une fête géante ! De nombreux supporters étaient déguisés ; ils dansaient et chantaient quelque soit le score (chapeau bas aux supporters fidjiens, qui malgré une défaite qui les élimine de la Coupe du monde, ont gardé le sourire jusque bien après le coup de sifflet final).
Dans cet article, je fais principalement référence au Fidji et au Samoa car je viens tout juste de les voir, mais il en va de même pour le Tonga, le prochain adversaire des Bleus. J’ai vu tous les matchs du Tonga jusqu’à présent : Nouvelle-Zélande-Tonga et Japon-Tonga au stade, et Canada-Tonga à la télé. D’après ce que je lis dans les journaux, ils y croient encore. Il leur reste une chance minime de se qualifier, et ils vont jouer le coup à fond (pour se qualifier, ils doivent battre l’équipe de France en marquant un point de bonus offensif et en empêchant les Français d’inscrire un point de bonus). Ça paraît compliqué pour eux, mais ce sont de redoutables guerriers qui ne partent pas battus d’avance !
Le Tonga, c’est aussi une très belle équipe de rugby : en 2e mi-temps, ils ont fait jeu égal avec les All Blacks. Ils ont perdu contre le Canada, mais c’est peut-être dû à une erreur stratégique (ils ont voulu aligner leur meilleure équipe face aux All Blacks pour le match d’ouverture, et du coup, ils ont dû mettre une équipe B face au Canada, sachant qu’ils n’avaient que 4 jours de récupération entre les deux matchs). Contre le Japon, ils ont sorti un match admirable, trouvant le juste équilibre entre engagement physique et maîtrise tactique. Ce match face au Tonga me fait peur depuis l’annonce des poules, et si je suis rassuré maintenant, c’est principalement dû au fait que le Tonga n’a pas pu marquer le point de bonus offensif face aux Japonais ! Car sinon, une simple victoire de ces foudroyants Tonga boys contre nos Bleus apathiques leur aurait suffi pour se qualifier…