dimanche 25 septembre 2011

La Grande Messe Noire

L'image du jour : The French Frog is dead. Va-t-elle ressusciter ?


Tana Umaga expliquait dans les colonnes du New Zealand Herald qu’à Toulon, certaines personnes allaient à l’église pour leur religion, d’autres allaient au Stade Mayol. Je dirais qu’à Auckland, les gens vont à l’Eden Park pour leur religion.

Catholiques, bouddhistes ou musulmans, tous se retrouvent dans le Temple du rugby pour communier.

C’est un véritable pèlerinage pour se rendre à l’Eden Park. Une marche de 4,5 kilomètres, à travers Queen street, le Myers Park, le vibrant quartier de K’road, puis la Great North road dans le quartier de Newton avant de finir dans le quartier résidentiel du Mont Eden. Certes, on peut prendre les transports en commun – de nombreux bus et trains gratuits sont en service les jours de match – mais ici, les supporters ont la Foi.

Nous étions ainsi des dizaines de milliers à effectuer ce pèlerinage. La municipalité d’Auckland a baptisé ce parcours « The Fan Trail ». Le chemin est parsemé d’animations en tout genre, d’expositions artistiques, de stands à hot dogs, de toilettes, de boutiques à souvenirs, etc.

Et puis, surtout, il y a des bars tout le long du chemin. Les premières bières étaient descendues en bas de Queen street ; la Marseillaise retentissait déjà. Dans les bars de K’road, les supporters s’époumonaient sur des chansons paillardes ; enfin, arrivés sur Great North road, le brouhaha était tel qu’on ne savait plus très bien s’il s’agissait de chansons ou de discussions ! Toujours est-il que dans les bars, les supporters français n’étaient pas en infériorité numérique et ont même fait jeu égal avec les Néo-Zélandais.


Enfin, nous avons atteint le Temple. Quand Richie McCaw, le Dieu du rugby en Nouvelle-Zélande, a foulé en premier la pelouse mythique de l’Eden Park, tout le stade a frissonné – chaleureux moment de communion à l’Eden Park pour la grande fête du rugby.

Seulement, les évènements ont pris une tournure tragique. Piri Weepu a lancé le Kapa o Pango et on a tous compris que ce serait une messe noire à laquelle on allait assister.

La suite ? Un long chemin de croix. Points de miracle de ce côté-ci de l’Equateur ! Et pourtant, Szarzewski a vu la Vierge Marie et toutes les constellations de l’hémisphère sud suite à un plaquage appuyé.

Les Français n’ont pas trouvé les clés de la boîte à magie dans le Temple du rugby. Si magie il y avait, c’était de la magie noire. Les chants français se sont tus au bout de 20 minutes. Le temps aux All Blacks de mettre en route la machine. Ils ont enfoncé les clous, où il fallait, quand il fallait. Perforation de Nonu, magnifiques relais de Carter et Dagg, essai de Thompson. Quelques instants plus tard, c’est Cory Jane qui trouvait la Terre Promise après avoir déchiré le rideau défensif français. Juste après, Carter s’amusait dans le camp des Bleus pour offrir un essai à Dagg. Implacable. 19 à 0 après 25 minutes, 3 essais en dix minutes – la messe était dite. Précision chirurgicale. 19-3 à la mi-temps. Un calvaire. Et pourtant, face au récital des Blacks, les Français ne sont pas restés les bras en croix : Médard partait se confesser pour plaquage manqué, Traille allumait gracieusement des chandelles, Dusautoir se sacrifiait sur chaque avancée de McCaw, Yachvili faisait le martyr sur un coup de coude de Kaino – ce même Yachvili allait ensuite faire la quête auprès de l’arbitre pour trois petits points – et Clerc, isolé sur son aile, faisait l’aumône pour avoir des ballons. Le problème, c’est que les Blacks étaient des plus sérieux lorsqu’ils mimaient un signe d’égorgement à la fin du Kapa o Pango. Les Français ont couru comme des coqs sans tête pendant 80 minutes et les All Blacks n’ont eu aucun mal à s’emparer de la tête de la Poule A.

On dit que les All Blacks, tout vêtus de noir, portent le deuil de leur adversaire. Cela n’a jamais été aussi vrai. Charitables, les Néo-Zélandais ont tout de même concédé 14 points aux Bleus (parés de blanc pour l’occasion) en seconde période. Néanmoins, il n’a pas fallu attendre le coup de sifflet final pour savoir que la grenouille était morte. Enterrée avec le ballon dans un dernier ruck. 37-17, score final. Les funérailles sont prévues pour le quart de finale face à l’Angleterre. La grenouille va-t-elle renaître de ses cendres d’ici les phases finales ? Prions !

3 commentaires:

  1. Chouette commentaire Jéré, c'est vrai qu'on a pris cher hier après les 10 premières minutes où ils nous ont laissé y croire!!

    On a suivi le match das les rues de Manosque avec l'I.Phone, c'était douloureux ...heureusement qu'ils ont limité la casse en seconde mi-temps.

    (J'attends de voir la 1ere enregistrée, une fois rentrée, histoire de voir la marée noire en action hu hu)

    Mum'

    RépondreSupprimer
  2. Très bel article Jé, chapeau bas!
    On prend le jeu à notre compte d'entrée de match mais du coup on a plus la tête à plaquer :
    on ne sent pas nos joueurs capables d'assumer défense et conduite du jeu en même temps.
    On n'était pas non plus remonté comme des pendules et ça peut se comprendre.
    De toute façon on ne pourra jamais rattraper les blacks au niveau de la technique collective vu le manque de repaires entre nos joueurs.
    Tout peut changer sur un match éliminatoire mais Liévremont est-il capable dans le contexte actuel d'assurer les préparations psychologiques nécessaires ?
    Mich.

    RépondreSupprimer
  3. Dis donc je viens de regarder encore un peu les tableaux là, ça reste encore chaud dans la plupart des poules, même si ok il reste plus beaucoup de grosse affiche, la poule RSA ça peut encore aller très loin tout ça! et Angleterre Argentine Ecosse! rien n'est fait en fait, enfin je veux dire c'est du sport il peut s'en passer encore des choses sur ces derniers match de poule!!!!! Et quoiqu'on en dise, même nous, Tonga ils vont être ultra bouillants!

    RépondreSupprimer